Pauses temporelles

Pauses temporelles

«  » » Toujours sollicité par la télévision, la publicité et le net, nous nous contentons de surfer sur les apparences et de gérer les urgences. Tout va si vite, que rien ne semble arrêter la course effrénée du temps.  Dans ses « Pauses Temporelles », Luc Renders, écrivain et photographe, décide donc de mettre à nu ses perceptions, de se laisser entraîner par l’étrange ou l’insolite. C’est  l’occasion pour lui de méditer sur la nature humaine et ses méandres. Il cherche à donner un sens symbolique et philosophique à ses photographies. » » »

 

L’exposition à la Bibliothèque de Saint-Josse est prolongée jusqu’au 29 février 2020

Luc Renders – Exposition photo – Pauses Temporelles

 

 

 

 

 

Les photographies sont accompagnées de textes….

WALL OF DOLLS   – Mur des poupées

Encore aujourd’hui, en Belgique, il y a une femme qui meurt tous les dix jours, sous la violence de leur partenaire.
Le monde est affable de toutes sortes de misère
Qui nous viennent des quatre coins du monde.
Et nous restons malgré tout insensibles
A ces femmes qui nous ont donné la Vie.
Notre indifférence
La relègue au silence,
Au devoir de se taire,
De crier sa douleur
Dans des sanglots et des pleurs,
Cette lourde charge d’être
A la fois « Femme » et « Mère ».
La force du mâle se fait brutalité,
Insigne de sa virilité ?
Ou de sa faiblesse,
D’une faille qui sclérose toute tendresse.

 

 

L’AVENIR

Nous sommes tendus vers notre Avenir
Avec la certitude ou la croyance
De nos arrogances.
Mais où plongeons-nous nos racines
Pour n’avoir que des radicelles
Et des brindilles que nous sectionnons à chaque saison
Avec la peur d’encombrer le ciel
D’une couronne immense de feuilles ?
Nous n’avons plus que de vulgaires moignons,
Des poings serrés qui maudissent le ciel.
Nos troncs sont si fins, si étirés
Qu’ils ne résisteront à aucune tempête.
On veut vivre dans une Virtualité
Pour échapper à la Réalité
L’augmenter pour la travestir
Avec des idées puériles.
Sans racine
Et sans couronne,
L’Homme est réduit à sa plus simple expression,
Sans jamais percer la surface éclairée de la Matière,
Ni la profonde obscurité de l’Univers.

 

 

 

LA NUDITE DES REVES

La nudité des rêves,
Cette virginité
Qu’aucun algorithme ne peut altérer.
La solitude artistique,
Lorsque personne ne vous regarde,
Vous êtes seul au monde face à vous-même,
Les rideaux sont tombés,
Tout comme les masques,
Les spectateurs sont partis,
Vous devez affronter la solitude
De votre personnage.
Derrière ce que vous avez imaginé
Pour transcender la solitude,
Vous êtes ramené plus cruellement encore
Au vide de votre âme
Que vous peuplez de personnages,
Jusque dans les recoins des profondeurs
Et de ses hauteurs insondables.
Alors on continue sans cesse le même spectacle,
Devant le même public,
Sans jamais se lasser,
Dans l’angoisse enivrante
D’être toujours applaudi et aimé !

 

 

 

MEDUSE

Insoumis, cachés dans les replis obscurs de notre psyché,
Malgré les cris plaintifs que suscitent les brulures,
Ils attendent l’heure de la Lumière,
La fin de l’esclavage.
La Bête
Le Léviathan
Nid de serpents
Qui macèrent
Dans la colère!

 

 

PIN  –  OUR DESTINY

Voudrions-nous être épinglés comme un vulgaire insecte de collection ?
La beauté diaphane de ses ailes l’ont conduit
Dans des filets prédateurs.
Les lépidoptères attendent impatiemment leur métamorphose
Dans le silence cotonneux de leur œuf,
Sans penser à ces taxidermistes avides
De l’éclat lumineux de ses ailes
Serpent, nous ne faisons que muer de peau,
De ramper entre les pierres de nos misères
À hanter les failles obscures de nos tanières
Et d’assassiner les éclats subtils de lumières.

 

 

 

 

ETALAGE PUBLIC

L’esthétique de la chair,
Des morceaux de choix
Qui font la fierté des bouchers
Comme celle des prostituées
Qui font étalage de leurs chairs.
A chacun ses talents,
De la découpe
A la séduction,
Le point commun restant l’absence d’émotion,
Et tirer profit d’un certain cannibalisme affectif !

 

MELANCOLIE

L’or des feuilles mortes me réjouit.
Nul besoin de posséder des lingots pour ressentir l’émoi lumineux
Qui se cache derrière les apparences.
Certes le froid de l’hiver me glace les os,
Mais c’est dans le recueillement
Que la Nature puise ses forces
Pour renaitre
Aux premières chaleurs du printemps.
Il est vrai que je songe souvent à la mort.
L’amitié morbide et masochiste que je lui voue
Est en soi suicidaire.
Mais j’y trouve une certaine jouissance sadique.
Je soupçonne en moi quelques blessures narcissiques
Que mon miroir transforme en sombre nostalgie,
La mort refoulée d’une mère haïe et aimée.

 

 

 

DATING°

La mort est-elle si envoutante,
Si séductrice,
Proche du vice ?
Qu’y a–t-il dans la nature mortifère de l’homme
De si subjuguant ?
C’est à travers son corps
Que la femme exprime une partie de sa nature ;
C’est dans les méandres de ses viscères qu’elle enfante.
L’homme met ses jouissances
Et ses préséances
Dans l’inventaire funeste de ses armes de destructions,
Dans l’esprit rationnel et éclairé
De la domestication.
Décharné, Intellectuel,
Propre à finir sa vie
Dans un cabinet de curiosité,
Lorsque l’homme  aura mis au point
La procréation médicale assistée,
Qu’elles n’auront plus besoin
Ni de Leur esprit lumineux,
Ni de leur verge obséquieuse.
L’homme a même inventé
Des petits jouets mécaniques
Et ludiques
Pour se passer d’eux.
°Tiré d’une toile « La belle Rosine » du peintre belge Antoine Wiertz
(Musée Wiertz – Bruxelles)