D’un œil (Premiers Ecrits – Luc Renders)

D’UN OEIL

D’un œil, il voyait tout, le petit.

Son père, il l’a jamais vu, je crois ;
Sa mère, tantôt il en parlait avec amour,
Tantôt il la maudissait :
« C’est une putain,
C’est une salope ! ».
Même pour les autres c’est dur à entendre
Quand on veut que nos parents soient les plus beaux,
Nous voulons vivre encore de l’illusion,
Que pour les nôtres, ce n’est pas vrai.
Et on tressaille à ces mots que l’on veut enfouir
Dans la mémoire : «Les miens ne sont pas comme ça».
Alors on se réveille à l’évidence que c’est vrai,
Alors on ferme les yeux parce que c’est les derniers
Qui nous restent.

D’un œil, il voyait tout, le petit.

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